Le bonus à vie est une offre commerciale de certains assureurs auto : une fois le bonus maximal conservé quelques années, l’assuré garde une cotisation calculée comme s’il était toujours au coefficient de 0,50, même après un ou plusieurs sinistres responsables, dans les limites fixées par le contrat. Ce n’est pas une règle légale. Le coefficient officiel, celui qui figure sur le relevé d’informations, continue d’évoluer.
L’Institut national de la consommation (INC) l’a relevé : les assureurs proposent de plus en plus souvent des offres « dont les dénominations évoquent le régime légal ». Bonus à vie, « jokers », « bonus + » : derrière ces noms, les mécanismes diffèrent d’un contrat à l’autre, et aucun ne vous suit si vous changez d’assureur. Pour juger une offre, il faut d’abord savoir ce que la loi vous garantit déjà.
Ce que la loi garantit à tous les conducteurs
Le bonus-malus, ou coefficient de réduction-majoration, est réglementé. L’INC en tire une conséquence directe : « un assureur ne peut donc pas proposer des conditions plus favorables que ne le prévoient les textes ». Un bonus à vie ne touche pas à votre coefficient légal : il joue sur le prix que l’assureur vous facture.
Les règles légales, telles que les présente Service Public, sont les mêmes chez tous les assureurs. Le coefficient part de 1 et baisse de 5 % par année sans sinistre responsable, jusqu’au plancher de 0,50. Un sinistre dont vous êtes entièrement responsable le majore de 25 %, de 12,5 % en cas de partage. Et la réglementation prévoit déjà une forme de protection du bon conducteur : si votre coefficient est de 0,50 depuis au moins 3 ans, le premier accident responsable qui survient n’entraîne pas l’application du malus.
| Ancienneté sans sinistre responsable | Coefficient | Ce que cela change |
|---|---|---|
| Souscription | 1 | Vous payez la prime de référence |
| 1 an | 0,95 | 5 % de réduction |
| 5 ans | 0,76 | 24 % de réduction |
| 10 ans | 0,57 | 43 % de réduction |
| 13 ans | 0,50 | Bonus maximal : 50 % de réduction |
| 16 ans (0,50 depuis 3 ans) | 0,50 | Le premier accident responsable n’entraîne pas de malus |
Calcul fait avec la règle rappelée par l’INC : chaque année, le coefficient est arrêté à la deuxième décimale et arrondi par défaut. Service Public donne le même point d’arrivée, 0,50 au 13e anniversaire. Si vous changez d’assureur ou de véhicule, ce coefficient est transféré automatiquement. Notre fiche sur le coefficient de réduction-majoration détaille le reste du barème.
Bonus à vie, réduction au-delà de 50 % : deux mécanismes différents
L’INC distingue deux familles d’offres, qui n’ont pas les mêmes effets après un sinistre.
La première maintient le bonus maximal, sous le nom de bonus à vie ou de « jokers ». Il faut remplir des conditions, par exemple un coefficient de 0,50 depuis au moins trois ans sans interruption, ce qui suppose, précise l’INC, d’avoir le permis depuis au moins seize ans. L’assuré conserve alors le niveau de cotisation d’un bonus de 0,50 même en cas de plusieurs sinistres. Son coefficient, lui, s’aggrave : l’assureur compense la hausse par une remise commerciale.
La seconde va au-delà du bonus légal : certains assureurs accordent une réduction supérieure à 50 %, l’INC citant par exemple 65 % par rapport au tarif de base, une réduction qui évolue le plus souvent avec le nombre d’années sans sinistre. Une fois acquise, cette réduction n’est pas remise en cause après un sinistre responsable. Mais le coefficient de bonus-malus continue d’évoluer et de s’appliquer, sans compensation par une remise, si bien que la cotisation augmente quand même.
| Question | Règle légale | Bonus à vie (maintien du bonus) | Réduction au-delà de 50 % |
|---|---|---|---|
| Qui y a droit ? | Tout assuré dont le véhicule relève du bonus-malus | Les assurés qui remplissent les conditions du contrat | Les assurés qui remplissent les conditions du contrat |
| Après un sinistre responsable | Majoration de 25 % (12,5 % en cas de partage), sauf pour le premier accident après 3 ans à 0,50 | Cotisation maintenue au niveau d’un bonus de 0,50 grâce à une remise commerciale | Réduction conservée, mais le coefficient s’applique : la cotisation augmente |
| Coefficient réel | Celui du barème | Il s’aggrave malgré tout | Il s’aggrave malgré tout |
| Si vous changez d’assureur | Coefficient transféré automatiquement | Avantage perdu : seul le relevé d’informations fait foi | Réduction perdue : elle n’est pas transférable |
Sources : INC, fiche sur le bonus-malus, section consacrée au bonus à vie ; Service Public, fiche sur le bonus-malus.
Exemple chiffré : deux sinistres dans l’année
L’INC donne un exemple que nous reprenons et prolongeons. La prime de référence est de 200 €. Avec un coefficient de 0,50, la cotisation est de 100 €. L’assuré, au bonus maximal depuis trois ans, a deux sinistres responsables au cours de la période de référence :
- le premier ne compte pas, grâce à la règle légale des trois ans à 0,50 ;
- le second majore le coefficient de 25 % : 0,50 × 1,25 = 0,625, arrêté à 0,62 ;
- la cotisation devrait passer à 200 × 0,62 = 124 € ;
- avec le bonus à vie, l’assureur accorde une remise commerciale de 24 € et la cotisation reste à 100 €.
Tant que l’assuré reste chez cet assureur, l’effet est réel. Mais son relevé d’informations indique désormais un coefficient de 0,62, puisqu’il mentionne le coefficient appliqué à la dernière échéance annuelle, selon France Assureurs. Un autre assureur partira de ce 0,62. S’il applique lui aussi une prime de référence de 200 €, la cotisation sera de 124 €.
Le chemin du retour est long : sans nouveau sinistre responsable, le coefficient passe à 0,58, puis 0,55, puis 0,52, et ne retrouve 0,50 qu’après quatre ans. Quant à la règle légale du premier accident sans malus, elle suppose un coefficient de 0,50 depuis au moins 3 ans : elle ne pourra pas jouer avant plusieurs années.
Ce que le bonus à vie ne protège pas
Votre relevé d’informations. Il reste fidèle au barème légal. L’INC est net : le bénéfice de réductions particulières auprès d’un assureur ne sera pas transférable auprès d’un autre, et « seul le relevé d’information fait foi en cas de changement d’assureur ». Notre fiche sur le relevé d’informations en détaille le contenu.
Le prix lui-même. Garder le niveau d’un bonus de 0,50 ne gèle pas la cotisation. Service Public cite, parmi les cas où l’assureur auto peut augmenter la cotisation, l’application d’une clause d’indexation prévue par le contrat et l’augmentation des taxes (fiche sur le montant de la cotisation).
Les circonstances aggravantes. Certaines majorations s’ajoutent au coefficient : jusqu’à 150 % pour un accident responsable avec alcoolémie constatée, 100 % pour un délit de fuite, selon Service Public. Les sources officielles que nous avons consultées ne disent pas comment les offres de bonus à vie les traitent : posez la question, par écrit. Notre fiche sur la surprime présente ces majorations.
Le contrat. L’assureur auto peut résilier le contrat à l’échéance annuelle, en vous prévenant au moins 2 mois avant par lettre recommandée (Service Public). Il doit motiver sa décision : l’article L113-12-1 du Code des assurances l’imposait déjà pour les contrats des particuliers, et la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 a étendu cette obligation à tous les assurés à partir du 28 mai 2026. Demandez ce que devient l’avantage dans ce cas.
Les questions à poser avant de signer, ou de partir
- Les conditions d’accès : quel coefficient, depuis combien de temps, avec quelle ancienneté dans la compagnie, et pour quels conducteurs ?
- Les sinistres couverts : combien par an et sur la durée du contrat ? Tous les sinistres responsables, ou seulement certains ?
- Le mécanisme : remise qui compense le malus, ou réduction qui reste acquise pendant que le coefficient s’aggrave ?
- Les changements de situation : que devient l’avantage si vous changez de voiture, ajoutez un conducteur ou modifiez l’usage du véhicule ?
- Votre coefficient réel : demandez votre relevé d’informations, que l’assureur doit vous remettre dans les quinze jours suivant votre demande expresse, selon l’INC.
Si vous envisagez de partir, faites le calcul avec le coefficient du relevé, pas avec celui que suggère votre cotisation actuelle. Au-delà de la première année, vous pouvez résilier votre assurance auto à tout moment : la résiliation prend effet un mois après la réception de votre demande par l’assureur, et c’est le nouvel assureur qui envoie la demande à l’ancien, indique Service Public. Après un sinistre responsable absorbé par un bonus à vie, rester peut donc coûter moins cher que partir : c’est ce que montre l’exemple chiffré ci-dessus.
Chez Adallom Assurance, courtier immatriculé à l’ORIAS (n° 11061659) et sans lien d’exclusivité avec un assureur, un conseiller compare avec vous plusieurs offres à partir du coefficient inscrit sur votre relevé d’informations, pas du prix que vous payez aujourd’hui. Le devis se fait en 2 minutes sur notre page assurance auto.
Questions fréquentes
Le bonus à vie existe-t-il dans la loi ?
Non. C’est une offre commerciale, dont le fonctionnement relève de la liberté contractuelle, rappelle l’INC. La seule protection de ce type prévue par la réglementation est la suivante : si votre coefficient est de 0,50 depuis au moins 3 ans, le premier accident responsable n’entraîne pas de malus. Au-delà, chaque sinistre responsable majore le coefficient de 25 %, ou de 12,5 % en cas de partage.
Le bonus à vie apparaît-il sur le relevé d’informations ?
Ce qui y figure, c’est votre coefficient réel : le relevé indique le coefficient appliqué à la dernière échéance et les sinistres responsables des cinq dernières années. Avec un bonus à vie, ce coefficient s’aggrave dès qu’un sinistre responsable est retenu pour le malus, même si votre cotisation ne bouge pas. C’est lui que verra un nouvel assureur, et l’INC rappelle que seul le relevé fait foi en cas de changement d’assureur.
Garde-t-on son bonus à vie en changeant d’assureur ?
Non. Selon l’INC, le bénéfice de réductions particulières auprès d’un assureur n’est pas transférable auprès d’un autre, et seul le relevé d’informations fait foi. Le nouvel assureur applique le coefficient inscrit sur ce relevé à sa propre prime de référence.
Combien de temps faut-il pour atteindre le bonus maximal ?
Treize ans sans sinistre responsable, en partant d’un coefficient de 1 : le coefficient baisse de 5 % par an et atteint 0,50 au 13e anniversaire, selon Service Public. Il faut ensuite trois ans à 0,50 pour que le premier accident responsable soit sans effet sur le coefficient.
