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Jouissance (trouble de)

Jouissance (trouble de)

Le trouble de jouissance est l’atteinte à l’usage paisible d’un logement loué, que le bailleur doit garantir : travaux, baisse de loyer ou indemnité à la clé.

Le trouble de jouissance désigne ce qui empêche l’occupant d’un logement ou d’un local d’en user normalement et paisiblement : travaux qui s’éternisent, fuite jamais réparée, nuisances d’un voisin, logement indécent. Le bailleur doit garantir cette jouissance paisible ; s’il y manque, le locataire peut obtenir des travaux, une baisse de loyer ou des dommages et intérêts.

En droit, jouir d’un bien, c’est pouvoir s’en servir. C’est ce droit d’usage, payé par le loyer, qui est atteint quand la salle de bains reste inutilisable des semaines ou quand le bruit d’un voisin empêche de dormir. Les recours existent, mais ils suivent un ordre précis, et une réaction impulsive, comme suspendre soi-même son loyer, peut coûter le bail.

Ce que le bailleur doit, ce que le locataire doit

Service Public le résume en une phrase, dans sa fiche sur les attroupements dans les immeubles : « Le bailleur a l’obligation de garantir à son locataire une jouissance paisible des lieux loués. » Cette obligation s’ajoute à deux autres, que Service Public rattache à la loi du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs : délivrer un logement décent et l’entretenir. Sur l’entretien, la règle tient en une ligne : le propriétaire « doit faire tous les travaux qui ne sont pas à la charge du locataire, c’est-à-dire tous les travaux qui ne sont pas des réparations locatives » (Service Public, travaux à la charge du propriétaire), sauf si ces travaux sont rendus nécessaires par la faute du locataire.

Le locataire, de son côté, paie son loyer et doit « user paisiblement des locaux loués ». Il assume l’entretien courant et les petites réparations, dont un décret du 26 août 1987 dresse une liste non exhaustive : notre fiche usure et défaut d’entretien détaille ce partage. Il répond aussi des nuisances causées par les personnes qu’il héberge. Un trouble de jouissance n’est donc pas toujours imputable au propriétaire : tout dépend de son origine.

D’où vient le trouble ? Cinq situations types

Trouble de jouissance : qui en répond et ce que vous pouvez obtenir
SituationQui en répondCe que vous pouvez obtenir
Travaux décidés par le propriétaireLe bailleurUne baisse de loyer proportionnelle à leur durée s’ils dépassent 21 jours ; leur interruption ou leur interdiction par le juge s’ils sont abusifs ou vexatoires
Réparation qui n’est pas faite (volet défectueux, fuite due à la vétusté des canalisations)Le bailleur, sauf réparation locative ou faute du locataireL’exécution des travaux, ou l’autorisation de les faire vous-même, remboursés par le propriétaire ; des dommages et intérêts pour trouble de jouissance
Logement non décentLe bailleurDes travaux fixés par le juge, avec un délai ; une réduction du loyer ou la suspension de son paiement, avec ou sans consignation, jusqu’aux travaux
Nuisances d’un autre occupant de l’immeubleL’auteur, et son propriétaire s’il n’agit pas après avoir été informéQue son bailleur le mette en demeure, puis demande si besoin la résiliation de son bail ; des dommages et intérêts contre le propriétaire resté inactif
Dégât des eaux ou incendie venu d’un autre logementLe responsable du sinistre et, selon son contrat, son assureurL’indemnisation prévue par votre propre contrat ; votre assureur vérifie si la responsabilité peut être imputée à un tiers

Sources : Service Public, fiches sur les travaux à la charge du propriétaire, le logement décent et la responsabilité du propriétaire pour les nuisances de son locataire.

Les dommages et intérêts pour trouble de jouissance, c’est Service Public qui l’écrit : si les travaux relèvent du propriétaire, le juge peut le contraindre à les faire, ou vous autoriser à les réaliser et le charger de vous rembourser, et il « peut en outre accorder au locataire des dommages et intérêts pour trouble de jouissance ». Pour chiffrer votre demande, appuyez-vous sur des éléments datés : durée du trouble, pièces concernées, courriers restés sans réponse. Quant au logement décent, il répond à cinq critères : surface et performance énergétique minimales, absence de risque pour la sécurité et la santé, absence de nuisibles et de parasites, certains équipements.

Travaux : ce que vous devez accepter

Avant le début des travaux, le propriétaire doit vous remettre en mains propres ou vous envoyer en recommandé avec accusé de réception une notification qui précise leur nature, leur date de début, leur durée et le besoin d’accéder au logement. Les travaux à la charge du propriétaire comprennent notamment l’amélioration des parties communes ou privatives de l’immeuble (un digicode, par exemple), le maintien en état et l’entretien normal du logement (un volet défectueux), l’amélioration de sa performance énergétique (l’isolation) et les travaux nécessaires pour respecter les critères de décence. Vous devez permettre l’accès au logement pour les préparer et les réaliser, mais vous n’êtes pas obligé de l’ouvrir le samedi, le dimanche ni les jours fériés.

Deux protections jouent ensuite. Si les travaux durent plus de 21 jours, le propriétaire doit vous accorder une baisse de loyer proportionnelle à leur durée. S’ils ont un caractère abusif ou vexatoire, ou ne respectent pas ce qu’annonçait la notification, vous pouvez demander au juge de les interrompre ou de les interdire : c’est le juge des contentieux de la protection du tribunal dont dépend le logement.

Exemple : la réfection de la salle de bains décidée par votre propriétaire dure quinze jours ; elle n’ouvre pas droit à cette baisse de loyer. Si le chantier se prolonge au-delà de 21 jours, la baisse est due. Notez donc par écrit les dates réelles de début et de fin, et gardez la notification.

Faire valoir vos droits, dans l’ordre

  1. Écrire et garder des preuves. Signalez le problème par écrit, avec photos et dates. Si rien ne bouge, mettez le propriétaire en demeure d’exécuter ses obligations par lettre recommandée avec accusé de réception. Notre fiche mise en demeure en rappelle la forme.
  2. Attendre deux mois, puis tenter la conciliation. Sans accord ni réponse deux mois après votre lettre, vous pouvez saisir la commission départementale de conciliation (CDC). Elle intervient gratuitement et, faute d’accord, rend un avis au maximum dans les deux mois qui suivent sa saisine (Service Public, CDC). Pour un logement non décent comme pour des réparations, ce passage est facultatif ; le conciliateur de justice, gratuit lui aussi, est une autre voie.
  3. Saisir le juge. Pour des travaux abusifs ou un logement non décent, Service Public désigne le juge des contentieux de la protection. Si votre demande porte sur une somme qui ne dépasse pas 5 000 €, une tentative de résolution amiable (conciliation, médiation ou procédure participative) est en principe obligatoire avant de saisir le tribunal, rappelle la fiche sur le conciliateur de justice.

Pendant tout ce temps, continuez à payer votre loyer. Service Public est catégorique : « Le locataire ne doit en aucun cas cesser de payer tout ou partie de son loyer sous prétexte que le propriétaire ne respecte pas ses obligations. » À défaut, votre bail risque d’être résilié. Une réduction ou une suspension du loyer s’obtient du propriétaire ou du juge ; elle ne se décide pas seul.

Exemple de calendrier : mise en demeure le 2 mars, saisine de la CDC le 2 mai faute de réponse, avis au plus tard le 2 juillet. Dans ce scénario, il faut compter jusqu’à quatre mois entre votre lettre et l’avis de la commission ; vous pouvez ensuite saisir le juge. Mettez ce délai à profit pour rassembler photos, courriers, attestations et, pour des nuisances, un constat de commissaire de justice.

Quand le trouble vient d’un tiers

Un voisin étranger à votre bail. Bruit, odeurs, chantier : vous agissez contre l’auteur, sur le terrain du trouble anormal de voisinage. Une tentative de résolution amiable est alors obligatoire avant le tribunal, sauf exceptions.

Un autre occupant de l’immeuble. Prévenez aussi son propriétaire, par lettre recommandée, en lui demandant d’agir : une fois informé, il doit mettre son locataire en demeure de cesser les nuisances. S’il n’agit pas, vous pouvez engager sa responsabilité et réclamer des dommages et intérêts. Pour des attroupements dans les parties communes, le locataire doit les signaler par écrit à son bailleur et lui demander de prendre toutes les mesures utiles.

Un sinistre venu d’ailleurs. Si l’eau arrive de l’appartement du dessus, demandez à ses occupants de couper l’arrivée d’eau, puis prévenez votre assureur dès que vous avez connaissance du sinistre, au plus tard dans le délai du contrat, qui est au minimum de 5 jours ouvrés (Service Public, dégât des eaux). Après un incendie, Service Public demande au locataire de préciser si l’origine du sinistre se trouve hors de son logement ou s’il le juge dû à une absence d’entretien par le bailleur : l’assureur vérifie ainsi si la responsabilité peut être imputée à un tiers, voisin, copropriété ou bailleur (Service Public, incendie).

Assurance habitation, protection juridique : ce qui peut jouer

Le locataire d’un logement loué avec un bail d’habitation doit s’assurer au minimum contre les risques locatifs, c’est-à-dire les dommages causés au logement par un incendie, une explosion ou un dégât des eaux (Service Public). Vos biens personnels et les dommages causés aux voisins relèvent de garanties facultatives : la multirisque habitation et la garantie recours des voisins et des tiers. Si un sinistre, un incendie par exemple, rend le logement inhabitable, l’assurance peut payer votre hébergement d’urgence, puis votre relogement pendant de longs travaux, si le contrat le prévoit, au forfait ou sur justificatifs : vérifiez le plafond et la durée maximale. Voyez aussi notre fiche sur l’hébergement d’urgence après sinistre.

Face à un propriétaire qui ne réagit pas, la protection juridique peut prendre le relais. Selon Service Public, elle « peut également couvrir certains litiges avec le voisinage, le propriétaire ou des prestataires (artisans, entreprises), dans la limite du cadre prévu au contrat », sous réserve des plafonds, des exclusions et des délais de carence (garanties complémentaires du locataire). Deux lignes du contrat comptent ici : le seuil d’intervention, parce qu’une gêne se chiffre mal, et la prise en charge des honoraires d’avocat.

La garantie recours peut aussi servir. Dans un dossier publié en 2023 par la Médiation de l’assurance, une association locataire d’un local, assurée en multirisque professionnelle, avait vu son parquet abîmé par un dégât des eaux ; le bailleur, indemnisé par son assureur, n’avait pas fait les travaux. L’assureur de l’association refusait d’exercer un recours, faute de préjudice pour une simple locataire. Le médiateur a estimé au contraire que l’absence de remise en état « engendrait nécessairement une perte de jouissance et des pertes pécuniaires pour le locataire, constituant un dommage immatériel au sens du contrat », et que la garantie recours s’appliquait.

Côté bailleur, une garantie perte de loyers peut exiger plus qu’une gêne. Dans un autre dossier de la Médiation de l’assurance, des locataires étaient partis après plusieurs dégâts des eaux, alors que, selon l’expert, ils « auraient pu continuer à séjourner au sein du bien loué ». Le contrat exigeait un « départ contraint » : le refus a été confirmé. Au sens de ce contrat, un logement gênant n’était pas un logement inhabitable.

Propriétaire : réagir vite

Si vous louez un logement, la réactivité vous protège. Répondez par écrit aux demandes de réparation et annoncez tout chantier par une notification en bonne et due forme. Si c’est votre locataire qui trouble ses voisins, mettez-le en demeure dès que vous êtes informé, par lettre recommandée avec avis de réception ou par acte de commissaire de justice, puis tentez une solution amiable : conciliateur de justice (gratuit), médiateur ou procédure participative (payants). Si les nuisances persistent, la résiliation du bail passe par le tribunal, qu’il existe ou non une clause résolutoire. Rester passif expose à une action en responsabilité des voisins. Les garanties du bailleur sont détaillées dans notre fiche sur l’assurance propriétaire non occupant.

Locataire ou propriétaire, un conseiller Adallom peut comparer avec vous plusieurs contrats d’assurance habitation, en regardant de près les frais de relogement et la garantie recours, ainsi que des formules de protection juridique qui couvrent les litiges liés au logement. Adallom Assurance, courtier sans lien d’exclusivité avec un assureur, immatriculé à l’ORIAS sous le n° 11061659, intervient dans toute la France, DROM compris.

Questions fréquentes

Peut-on arrêter de payer son loyer en cas de trouble de jouissance ?

Non. Même si le propriétaire ne fait pas les travaux, vous devez continuer à payer, sinon votre bail risque d’être résilié. À défaut d’accord avec le propriétaire, la réduction du loyer ou la suspension de son paiement se demande au juge, notamment lorsque le logement n’est pas décent.

Des travaux dans le logement donnent-ils droit à une baisse de loyer ?

Oui, s’ils durent plus de 21 jours : le propriétaire doit alors accorder une baisse de loyer proportionnelle à leur durée. S’ils sont abusifs ou vexatoires, vous pouvez demander au juge de les interrompre ou de les interdire.

Mon propriétaire est-il responsable du bruit d’un autre locataire ?

Il doit agir dès qu’il est informé, en mettant son locataire en demeure de cesser les nuisances ; il peut ensuite tenter une solution amiable, puis demander au juge la résiliation du bail si elles persistent. S’il reste inactif, les voisins gênés peuvent engager sa responsabilité et demander des dommages et intérêts.

Mon assurance habitation indemnise-t-elle un trouble de jouissance ?

Elle intervient à partir d’un sinistre garanti, comme un dégât des eaux ou un incendie, et peut prendre en charge un relogement si le logement devient inhabitable et que le contrat le prévoit. Pour un conflit avec le bailleur, c’est la protection juridique qui peut vous accompagner, si elle couvre les litiges liés au logement.

Pour aller plus loin

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