Le président de SASU est un dirigeant assimilé salarié : rémunéré pour son mandat, il est affilié au régime général de la Sécurité sociale et cotise comme un cadre, sauf à l’assurance chômage. Sa protection dépend donc du salaire qu’il se verse. Ses assurances, de la RC Pro de la société à la responsabilité des dirigeants, restent à organiser.
Le mot « salarié » rassure, parfois à tort. Le président de SASU n’a pas droit au chômage, et il ne touche des indemnités en cas d’arrêt que si sa rémunération atteint un certain niveau. Quant aux dommages causés à un client ou aux fautes de gestion qu’on pourrait lui reprocher, aucune caisse de Sécurité sociale ne les prend en charge. Voici ce qui est couvert, ce qui ne l’est pas, et ce qu’il faut prévoir.
Assimilé salarié : ce que le statut veut dire
Le président dirige la société en vertu d’un mandat social. Pour la Sécurité sociale, il est « assimilé » à un salarié, à une condition que rappelle Service Public Entreprendre : être rémunéré au titre de ce mandat. Il est alors affilié au régime général et bénéficie de la même protection sociale qu’un cadre.
La société verse sur sa rémunération les mêmes cotisations que pour un salarié cadre, sauf celles de l’assurance chômage, qui ne sont pas dues. C’est ce qui le distingue du gérant majoritaire d’une SARL ou du gérant associé d’une EURL, qui sont des travailleurs non salariés (TNS) et relèvent de la Sécurité sociale des indépendants. Le gérant minoritaire de SARL, lui, est assimilé salarié comme le président de SASU.
Côté patrimoine, l’associé unique d’une SASU n’est responsable des dettes de la société qu’à hauteur de son apport. Mais le président, lui, reste personnellement responsable de sa gestion, sur le plan civil comme sur le plan pénal. Ce point compte pour le choix de vos assurances, et nous y revenons plus bas.
Ce que couvre le régime général, à condition de vous rémunérer
Un président rémunéré est protégé en maladie, en maternité et en paternité, en invalidité et en cas de décès, et il se constitue une retraite de base et complémentaire. Il est aussi couvert pour les accidents du travail et les maladies professionnelles, ce qui n’est pas le cas d’un TNS : ses frais médicaux sont alors remboursés en totalité, selon la fiche de Service Public Entreprendre sur la protection sociale du dirigeant de société.
Les indemnités journalières maladie suivent les règles des salariés, détaillées par ameli.fr :
- Condition d’ouverture pour un arrêt de moins de 6 mois : avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 mois précédents, ou avoir cotisé sur une rémunération d’au moins 1 015 fois le Smic horaire au cours des 6 mois précédents. Au Smic de 12,31 € en vigueur depuis le 1er juin 2026, ce second seuil représente 12 494,65 € bruts.
- Montant : 50 % du salaire journalier de base, calculé sur les salaires bruts des 3 derniers mois, eux-mêmes retenus dans la limite de 1,4 fois le Smic. L’indemnité ne peut pas dépasser 42,97 € bruts par jour pour les arrêts prescrits à partir de juillet 2026.
- Carence et durée : rien pendant les 3 premiers jours, puis 360 indemnités au plus sur 3 ans.
Pour la retraite, un trimestre est validé dès que la rémunération soumise à cotisations atteint 150 fois le Smic horaire en vigueur au 1er janvier, soit 1 803 € en 2026, dans la limite de 4 trimestres par an (Service Public).
Et sans rémunération ? Le président n’a pas le statut d’assimilé salarié au titre de son mandat : pas de cotisations, donc ni indemnités journalières, ni trimestres de retraite liés à la SASU. Ses frais de santé restent pris en charge par l’Assurance Maladie au titre de la protection universelle maladie, qui concerne toute personne travaillant ou résidant en France de manière stable et régulière.
Le chômage, grand absent du statut
Service Public Entreprendre est clair : le dirigeant de SAS ou de SASU ne peut pas bénéficier d’une assurance chômage dans le cadre du régime général. S’il perd son mandat ou si la société ferme, il ne touchera rien à ce titre. Il peut souscrire, s’il le souhaite, une assurance chômage complémentaire auprès d’un assureur privé : c’est un contrat facultatif, dont les conditions d’accès, la durée d’indemnisation et le montant garanti se comparent avant de signer.
Une situation fait exception au moment de la création. Si vous perceviez l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) avant de lancer votre SASU, vous pouvez continuer à la toucher, et garder le bénéfice de l’Acre, tant que la société ne vous verse aucune rémunération. Les dividendes, qui ne sont pas une rémunération, ne modifient pas le montant de ces allocations.
Salaire ou dividendes : ce que chaque euro vous apporte
En SASU, les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales, d’où la tentation de se rémunérer surtout en dividendes. Comme les autres revenus de placement, ils supportent en revanche les prélèvements sociaux (CSG, CRDS et prélèvement de solidarité). Le revers est mécanique : un euro de dividende n’ouvre aucun droit. Il n’entre ni dans le calcul des indemnités journalières, ni dans la validation des trimestres de retraite.
Prenons un cas chiffré, à titre d’illustration, pour un président qui se verse chaque mois le même salaire brut toute l’année :
| Salaire brut mensuel | Seuil de 1 015 fois le Smic sur 6 mois | Indemnité journalière maladie | Trimestres de retraite sur l’année |
|---|---|---|---|
| 0 € (dividendes seuls) | Non atteint | Aucune | 0 |
| 1 000 € | Non atteint (6 000 € sur 6 mois) | Aucune par ce critère | 4 (12 000 € sur l’année) |
| 2 500 € | Atteint (15 000 € sur 6 mois) | 41,10 € bruts par jour | 4 |
| 4 000 € | Atteint (24 000 € sur 6 mois) | 42,97 € bruts par jour (plafond) | 4 |
Calculs : seuil de 12 494,65 € (1 015 × 12,31 €) ; indemnité égale à 50 % de trois mois de salaire divisés par 91,25, soit 7 500 ÷ 91,25 × 50 % = 41,10 € pour 2 500 € par mois ; trimestre à 1 803 € de salaire. Le critère des 150 heures travaillées n’est pas pris en compte ici.
Deux enseignements. À 1 000 € par mois, le président valide ses quatre trimestres de retraite, mais la condition de cotisations des indemnités journalières n’est pas remplie. Et au-delà d’environ 2 600 € bruts par mois, le plafond de 1,4 Smic fige l’indemnité : pour un arrêt de 30 jours, un président payé 4 000 € touche 27 jours à 42,97 €, soit 1 160,19 € bruts, face à un salaire mensuel de 4 000 €.
Président de SASU ou gérant majoritaire de SARL : le comparatif
La protection sociale n’est qu’un des critères du choix entre SAS et SARL. Mais les écarts sont réels, et certains surprennent : en arrêt maladie, l’indemnité maximale du gérant majoritaire dépasse celle du président.
| Président de SASU | Gérant majoritaire de SARL | |
|---|---|---|
| Statut social | Assimilé salarié, affilié au régime général s’il est rémunéré pour son mandat | Travailleur non salarié, affilié à la Sécurité sociale des indépendants |
| Base des cotisations | Rémunération versée, avec les cotisations d’un cadre, assurance chômage exceptée | Revenu professionnel après abattement de 26 %, dividendes compris au-delà du seuil ci-dessous |
| Dividendes | Pas de cotisations sociales | Cotisations sur la part qui dépasse 10 % du capital social détenu |
| Arrêt maladie | 50 % du salaire journalier de base, 42,97 € bruts par jour au plus (arrêts prescrits depuis juillet 2026) | 1/730e du revenu annuel moyen, 65,84 € bruts par jour au plus |
| Condition des indemnités | Cotisations sur 1 015 fois le Smic horaire en 6 mois, ou 150 heures de travail en 3 mois | 12 mois d’affiliation et revenu annuel moyen d’au moins 4 582 € |
| Accident du travail | Couvert par le régime général | Pas de couverture spécifique, assurance volontaire possible |
| Retraite | Régime général et retraite complémentaire des salariés | Carsat et retraite complémentaire des indépendants |
| Perte d’emploi | Pas d’assurance chômage, assurance complémentaire privée possible | Pas d’assurance chômage, allocation des travailleurs indépendants sous conditions |
Sources : Service Public Entreprendre (choisir la forme juridique, cotisations du président de SASU, protection sociale du dirigeant de société), ameli.fr et France Travail.
Deux responsabilités à ne pas confondre : celle de la société et la vôtre
La SASU est une personne morale. Quand son activité cause un dommage corporel, matériel ou immatériel à un client ou à un tiers, c’est elle qui doit le réparer. C’est le rôle de la responsabilité civile professionnelle, souscrite au nom de la société et obligatoire pour certaines professions. Notre guide RC Pro obligatoire ou facultative fait le point métier par métier.
Votre responsabilité personnelle de dirigeant est une autre affaire. Le président répond civilement de ses fautes de gestion et peut voir sa responsabilité pénale engagée. France Assureurs rappelle que la responsabilité des dirigeants « peut être fréquemment recherchée du fait de fautes commises (erreurs de droit ou de fait, omissions, négligences…) par les associés, salariés, tiers ». Quand vous êtes à la fois associé unique et président, la réclamation viendra plutôt d’un tiers : un créancier, un salarié, l’administration.
La RC Pro de la société n’est pas conçue pour ce risque. Il relève en général d’un contrat distinct, la responsabilité des dirigeants (D&O), qui prend en charge selon France Assureurs les frais de défense du dirigeant dans un procès civil, pénal ou administratif, ainsi que les condamnations civiles prononcées contre lui. Sur le volet pénal, notre article sur la défense pénale du dirigeant détaille les situations les plus exposées. Avant de signer, vérifiez qui est assuré (le président seul, ou aussi les anciens dirigeants et les dirigeants de fait), le plafond, et ce qui reste exclu selon le contrat.
Prévoyance : combler l’écart entre salaire et indemnités
Le tableau d’exemple le montre : même bien payé, un président de SASU en arrêt maladie perçoit au mieux 42,97 € bruts par jour. En cas d’invalidité ou de décès, les prestations du régime général ne remplacent pas non plus le revenu d’un dirigeant. Une prévoyance complète ces trois risques : indemnités journalières complémentaires, rente d’invalidité, capital ou rente pour vos proches.
Autre différence avec le gérant majoritaire : les contrats dits Madelin, qui permettent de déduire ses cotisations du bénéfice imposable, sont réservés aux travailleurs non salariés, comme le rappelle la doctrine fiscale. Le président de SASU passe donc par un contrat individuel ou par un contrat collectif mis en place par la société. Leur traitement fiscal et social n’est pas le même : faites valider le montage par votre expert-comptable. Notre guide sur la prévoyance du dirigeant passe en revue les garanties à regarder en priorité.
Pour une SASU qui démarre, nous comparons la RC Pro de la société auprès de nos assureurs partenaires, à partir de 8,99 € par mois selon le métier et le chiffre d’affaires, et nous vous présentons la garantie responsabilité des dirigeants. Courtier immatriculé à l’ORIAS (n° 11061659), Adallom Assurance intervient dans toute la France, DROM compris.
Questions fréquentes
Le président d’une SASU a-t-il droit au chômage ?
Non. Le président de SAS ou de SASU ne cotise pas à l’assurance chômage et ne peut pas en bénéficier dans le cadre du régime général. Il peut souscrire une assurance chômage complémentaire auprès d’un assureur privé. Pendant la création, s’il ne se verse aucune rémunération, il peut continuer à percevoir l’ARE à laquelle il avait droit.
Un président de SASU non rémunéré est-il couvert par la Sécurité sociale ?
Sans rémunération, il n’a pas le statut d’assimilé salarié au titre de son mandat et ne cotise pas : il n’a droit ni aux indemnités journalières ni à des trimestres de retraite liés à la SASU. Ses frais de santé restent pris en charge par l’Assurance Maladie au titre de la protection universelle maladie.
Les dividendes d’une SASU sont-ils soumis aux cotisations sociales ?
Non. Ils supportent les prélèvements sociaux des revenus de placement, mais pas de cotisations sociales, contrairement aux dividendes d’un gérant majoritaire de SARL au-delà de 10 % du capital social. En contrepartie, ils n’ouvrent aucun droit : ni indemnités journalières, ni trimestres de retraite.
Combien touche un président de SASU en arrêt maladie ?
Il perçoit 50 % de son salaire journalier de base, après 3 jours de carence, dans la limite de 42,97 € bruts par jour pour les arrêts prescrits à partir de juillet 2026. Il faut avoir cotisé sur au moins 1 015 fois le Smic horaire au cours des 6 mois précédents, ou avoir travaillé 150 heures sur 3 mois.
La RC Pro de la SASU couvre-t-elle le président ?
Elle couvre la société pour les dommages causés à ses clients et aux tiers par son activité. La responsabilité personnelle du président, par exemple pour une faute de gestion, relève en général d’un contrat distinct : l’assurance responsabilité des dirigeants, qui prend en charge ses frais de défense et les condamnations civiles, selon les termes du contrat.
