Accueil
>
Lexique
>
Recours de l’assureur

Recours de l’assureur

Le recours de l’assureur est le mécanisme juridique par lequel une compagnie d’assurance, après avoir indemnisé son assuré, se retourne contre le responsable du sinistre ou contre l’assureur de ce responsable afin de récupérer tout ou partie des sommes versées.

Quand l'assureur indemnise son assuré pour un sinistre causé par un tiers, l'histoire ne s'arrête pas là : il dispose d'un droit légal de se retourner contre le responsable pour récupérer les sommes versées. Ce mécanisme — appelé recours subrogatoire — est l'un des piliers économiques de l'assurance dommages, et explique pourquoi les compagnies indemnisent rapidement même quand un tiers est en cause. Voici comment il fonctionne et ce qu'il implique pour chaque acteur.

Définition et fondement

Le recours de l'assureur, ou recours subrogatoire, est l'action par laquelle l'assureur, après avoir indemnisé son assuré, exerce les droits dont disposait celui-ci à l'encontre du tiers responsable du sinistre. Le mécanisme est posé par l'article L.121-12 du Code des assurances :

L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur.

Concrètement : l'assureur paie son assuré, puis "se met dans les chaussures" de l'assuré pour réclamer le remboursement au véritable responsable.

Conditions d'exercice

Trois conditions cumulatives sont requises :

  1. Paiement effectif de l'indemnité. Sans paiement, pas de subrogation. Une simple proposition d'indemnisation ne suffit pas : il faut le règlement intervenu.
  2. Existence d'un droit subrogeable. L'assuré doit avoir lui-même un droit de recours contre le tiers (responsabilité civile, contractuelle, délictuelle).
  3. Causalité prouvée entre le fait du tiers et le préjudice de l'assuré.

Le recours est limité au montant effectivement versé par l'assureur. Si l'indemnité ne couvre que 70 % du préjudice (par exemple en raison d'une franchise et d'une vétusté), le recours porte sur 70 %, et l'assuré conserve le droit de réclamer les 30 % restants au tiers.

La procédure pas à pas

1. Identification du tiers responsable

L'assureur enquête : témoignages, constat amiable, expertise, rapports de police ou pompiers. Il établit la responsabilité civile ou contractuelle du tiers.

2. Mise en demeure

Lettre recommandée envoyée au tiers (ou à son assureur) réclamant le remboursement amiable. Délai courant : 30 jours.

3. Convention de règlement entre assureurs (CRAC, IRSA, IRSI)

Pour la majorité des sinistres courants, les compagnies appliquent des conventions de règlement amiable entre elles : Convention IRSA pour les sinistres auto, IRSI pour l'incendie et risques divers, Convention spécifique pour les dégâts des eaux. Ces accords accélèrent les recours et plafonnent les frais.

4. Procédure judiciaire

Si le tiers n'a pas d'assureur ou refuse, l'assureur saisit le tribunal compétent (judiciaire ou de proximité selon le montant). La procédure suit le droit commun de la responsabilité civile.

5. Récupération des fonds

Une fois la condamnation prononcée, l'assureur fait exécuter par voie d'huissier si nécessaire. Le tiers responsable peut être personnellement débiteur si son assurance ne couvre pas ou s'il n'en avait pas.

Le délai de prescription

L'action subrogatoire de l'assureur est soumise au délai de prescription du droit dont il est subrogé, c'est-à-dire celui qu'aurait eu l'assuré contre le tiers :

  • 5 ans en matière contractuelle (article 2224 du Code civil).
  • 10 ans en matière de dommage corporel (article 2226).
  • 2 ans en matière d'assurance, lorsque l'action est dirigée contre l'assureur du tiers (article L.114-1).

L'assureur a donc un délai relativement long pour agir, mais doit le respecter strictement. Une action prescrite est irrémédiablement perdue.

Les exclusions du recours

L'article L.121-12, alinéa 3, prévoit une exception majeure : l'assureur ne peut exercer aucun recours contre les enfants, descendants, ascendants, alliés en ligne directe, préposés, employés, ouvriers ou domestiques, et généralement toute personne vivant habituellement au foyer de l'assuré, sauf cas de malveillance commise par l'une de ces personnes.

Cette protection couvre par exemple :

  • Le conjoint qui aurait causé un dégât des eaux par négligence.
  • L'enfant mineur ayant cassé une vitre par jeu.
  • L'employé de maison qui a renversé un vase.
  • L'ouvrier d'une entreprise qui a abîmé un bien sans malveillance.

Cette règle évite que l'assureur ne ruine la famille de son propre client en l'attaquant. Elle est d'ordre public.

Trois cas pratiques

Cas 1 — Accident de la route, recours sur l'assureur du tiers

Mme L., assurée auto chez l'assureur A, est percutée par M. R. (responsable, assuré chez B). Réparations : 4 800 €. Assureur A indemnise Mme L. sous 21 jours, déduction faite de la franchise de 200 €. Recours subrogatoire d'A contre B via convention IRSA. Récupération sous 60-90 jours. Mme L. récupère sa franchise de 200 € directement auprès du fonds de garantie ou de B.

Cas 2 — Dégât des eaux causé par le voisin du dessus

Sinistre : 6 200 €. Assureur paie son assuré. Recours auprès de l'assureur du voisin via convention IRSI. Le voisin n'est pas pénalisé personnellement, son malus collectif ne change pas. Recours réglé sous 4 mois.

Cas 3 — Sinistre causé par l'enfant de l'assuré

Vase brisé par l'enfant lors d'une fête. L'assureur RC vie privée indemnise le tiers. Aucun recours contre l'enfant ni contre les parents au titre de l'article L.121-12 al. 3 — sauf preuve de faute lourde ou malveillance.

Le conseil du courtier Adallom

Le recours subrogatoire est invisible pour l'assuré, mais il a un impact concret sur deux points : la rapidité d'indemnisation (l'assureur paie sans attendre, sachant qu'il récupèrera) et la fixation de votre prime (un sinistre où l'assureur récupère sa créance auprès d'un tiers ne pèse pas dans votre malus). Quand vous déclarez un sinistre causé par un tiers, fournissez un maximum d'éléments d'identification du responsable (immatriculation, coordonnées, témoignages) : c'est ce qui détermine la capacité de votre assureur à exercer son recours, et donc indirectement le coût final pour vous.

Questions fréquentes

Le recours peut-il porter sur une partie seulement de l'indemnité ?

Oui. L'assureur n'exerce son recours que sur le montant qu'il a versé. Si la franchise reste à votre charge, vous conservez votre droit personnel de recours pour cette part contre le tiers responsable.

Que se passe-t-il si le tiers est insolvable ?

L'assureur supporte la perte. Il ne peut pas se retourner contre l'assuré pour la récupérer. C'est le risque normal de l'activité d'assurance.

Mon assureur peut-il négocier avec le tiers à mon insu ?

Oui, c'est même la règle. Une fois subrogé, l'assureur agit en son nom propre. Vous n'êtes plus partie à la procédure, sauf pour la franchise et les éventuels chefs de préjudice non couverts.

Si je suis le tiers responsable et que mon assureur a payé, suis-je à l'abri ?

Pour la part couverte par votre assurance, oui. Si votre garantie est plafonnée et insuffisante (par exemple RC Pro 500 K€ pour un préjudice 800 K€), vous restez personnellement débiteur du complément.

Pour aller plus loin

Sinistre causé par un tiers ? Conseiller Adallom au 01 89 74 41 49.

N’attendez plus.
Protégez-vous avec Adallom dès aujourd’hui !